Diesel et NOx : rétrospective sur un homicide (à peine) involontaire

16 octobre 2017 09:10:18

Diesels rachetés par VW (USA) suite au scandale, en attente de leur hypothétique mise en conformité puis revente en occasion.

 

Retour en arrière sur cette saga qui ternira à jamais l’image de l’industrie automobile thermique.  Celle-ci, via son lobbying agressif, a fini par franchir les limites de l’acceptable au mépris de la santé publique et de l’élémentaire transparence. Plus que les acheteurs, c’est la société dans son entièreté qui a été flouée depuis de nombreuses années. Espérons que les tribunaux puniront sévèrement ces pratiques afin de ne plus jamais revivre un tel scénario. Pour comprendre ce scandale du dieselgate il faut avant tout savoir ce que sont les fameux NOx…

 

NOx = famille des différents (x) oxydes (O) d’azote (N pour Nitrogen en anglais)

Il n’y a pas que le carbone des hydrocarbures (essence, diesel) qui est oxydé (en CO2) dans les moteurs à combustion mais également partiellement l’azote atmosphérique (N2) qui est transformé en différents gaz polluants (NO, NO2,….). 50% des NOx émis seraient issus du transport terrestre.

Ils provoquent :

  • pluies acides
  • effet de serre
  • smog au dessus des agglomérations
  • destruction de la couche d’ozone
  • cancers et problèmes respiratoires

Le diesel produit moins de CO2 que l’essence mais plus de NOx et particules fines (à l’origine de cancers et maladies cardio-vasculaires)

 

 

Acte 1 : situation historique

 

2012: l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) déclare le diesel « cancérogène certain »

 

2014: Le diesel représente 55% des ventes en Europe contre seulement 3% aux USA à cause des normes NOx plus strictes (40 mg/km contre 80 mg/km pour l’Euro 6) et une taxation complètement différente.

 

2015: au premier semestre, VW devient premier producteur mondial devant Toyota. L’action gagne 30% en quelques mois mais l’euphorie sera de courte durée…

 

 

Acte 2 : éclatement du scandale

 

Début 2014, une ONG américaine teste les émissions (dont NOx) en conditions réelles d’une quinzaine de véhicules diesel européens. Les 3 plus mauvais élèves en matière de NOx sont issus du groupe VW et émettent entre 11 et 23 fois plus de NOx que la norme Euro 6 (80 mg NOx/km), pourtant déjà deux fois plus laxiste que la norme américaine (40 mg NOx/km). Les résultats seront confirmés par une analyse plus poussée.

 

Fin 2014, l’ONG prévient l’agence Américaine de Protection de l’Environnement (EPA) ainsi que le constructeur.

 

Début 2015, 500000 véhicules sont rappelés aux USA mais les modification seront jugées insuffisantes.

 

Mi 2015, suite à de nouveaux tests accablants, VW est forcé d’admettre que ses véhicules sont capables de détecter la mise du véhicule sur rouleaux pour limiter artificiellement les émissions de NOx pendant la durée limitée du test. Ce système antipollution, augmentant la consommation, étant par la suite désactivé par le logiciel en conditions réelles.

 

 

 

Septembre 2015, suite à la mise en lumière de l’ampleur du scandale, l’action du groupe perd près de 40% sur une semaine et le PDG Martin Winterkom démissionne. La justice américaine ouvre une enquête suivie par plusieurs pays européens.

 

Cours de l’action VW pendant la semaine d’éclatement du scandale

 

Décembre 2015, l’Europe lance une commission d’enquête. Plusieurs états membres seront reconnus coupables d’avoir sciemment retardé l’adoption des tests en conditions réelles RDE (Real Driving Emissions).

 

 

Acte 3 : traitement différent entre consommateurs américains concernés (0,5 millions) et les autres (11 millions)

 

Janvier 2016, ouverture de la commission ‘Dieselgate’ en Europe.

 

Février 2016, l’Europe adopte une position faible et très controversée qui permet aux constructeurs de polluer provisoirement 110% en plus que la norme NOx. Anne Hidalgo (maire de Paris) ainsi que plusieurs autres villes européennes engageront des recours devant la CJUE (Cours de Justice de l’Union Européenne). La commission européenne risque donc une condamnation pour ne pas avoir suffisamment protégé ses citoyens des dangers du diesel (début du procès fin 2017).

 

Mars 2016, lors du salon de l’auto de Genève, un dirigeant VW se fait surprendre sur scène par un faux mécanicien lors de la présentation de la nouvelle Up!

 

 

Avril 2016, début de la phase de rappel des véhicules.

 

Mai 2016, publication par Carlo Di Antonio (Ministre Wallon de l’environnement) des résultats de tests NOx en conditions réelles sur 35 diesels types  roulants en Wallonie, les résultats sont édifiants (arnaque quasi généralisée) tout comme la réaction de la FEBIAC (lien) qui semble bien montrer que l’industrie automobile dans sa quasi entièreté ne se remet toujours pas en question.

 

 

Juin 2016, le refus du groupe VW de dédommager les consommateurs européens engendre les premières actions en justice (plaidoiries estimées en 2019). Aux USA, où le contrat de vente protège mieux l’acheteur, le groupe VW propose une compensation pouvant aller jusqu’à 10000 dollars.

Dans la tourmente médiatique le groupe annonce néanmoins sa nouvelle stratégie: 10 véhicules électriques pour fin 2018 et 30 pour 2025.

 

Juillet 2016, malgré les promesses de VW, des tests indépendants européens montrent que certains véhicules rappelés ne respectent même pas la norme obsolète Euro 5 (180 mg NOx/km) alors que la norme Euro 6 (80 mg NOx/km) est en application depuis septembre 2015. De nouveaux tests en 2017 montrent de nouveau que les valeurs présentes sur le certificat de conformité sont nettement plus basses que les émissions mesurées en conditions réelles.

 

Septembre 2016, nouveau pavé dans la mare lancé par l’ONG ‘Transport & Environment’ : VW est loin d’être le plus mauvais élève de la classe. Le scandale s’étendra à d’autres grands noms (Renault, PSA, Fiat-Chrysler, Mercedes, General motors…).

 

 

Octobre 2016, mondial de l’automobile à Paris, à la question un peu stupide « elle pollue ou pas cette voiture (thermique) ? », les commerciaux de diverses marques répondent tous par la négative avec le sourire. La priorité est de rassurer l’acheteur potentiel sur le fait que les normes antipollution sont strictement respectées.

 

 

Décembre 2016, Dieteren remporte le procès l’opposant à un particulier défendu par Xavier Magnée qui avait basé son argumentation sur la garantie des vices cachés. Vu que l’accusation n’a pas réussi à démontrer que le logiciel truqué rend le véhicule inutilisable, celui-ci ne pourra ni être repris, ni remboursé. Un jugement similaire sera rendu en France.

 

Janvier 2017, devant le tribunal de Bruxelles, VW veut connaître le nom exact des clients se faisant représenter par test-achats dans le but de prouver que leur nombre est insuffisant pour qu’ils puissent revendiquer une solution collective. Le juge rejettera cette demande.

Par contre aux USA VW joue profil bas et décide de plaider coupable de « conspiration » visant à tromper ses clients et les autorités américaines et d’obstruction à la justice (destruction de documents). Le groupe accepte de payer 4,3 milliards de dollars supplémentaires de pénalités pour éviter le procès.

 

 

Mars 2017, vu la tournure que prennent les événements en Europe (8 millions de véhicules concernés), les associations de défense des consommateurs de 22 différents pays décident de coordonner leurs actions. Le processus est soutenu par la commission européenne.

 

 

Acte 4 : image de l’industrie ternie à jamais et le début de la fin pour le diesel ?

 

Avril 2017, des vidéos de drone survolant les gigantesques « cimetières VW » aux USA circulent (photo de l’article). Le groupe aurait accepté de racheter plusieurs centaines de milliers de véhicules aux consommateurs américains pour une somme globale approchant les 10 milliards de dollars.

 

Juillet 2017, nouvelles révélations fracassantes: c’est à présent l’ensemble des marques allemandes qui sont accusées, depuis les années nonante, de tenir des réunions secrètes pour s’accorder sur les aspects techniques de leurs véhicules, dont les systèmes antipollution tant décriés, lésant ainsi aussi bien les consommateurs que les autorités. Si les faits sont avérés les amendes cumulées pourraient ajouter quelques dizaines de milliards d’euros à l’ardoise.

 

Août 2017, polémique grandissante relative aux problèmes (notamment perte de puissance) sur certains modèles suite aux rappels pour mise en conformité.

Réunion de crise à Berlin pour sauver le diesel sous l’impulsion des ministères de l’environnement et des transports allemands. La montagne accouchera d’une souris soit une simple intention de modernisation des logiciels antipollution assortie d’une déclaration peu convaincante qu’un diesel propre peut contribuer à lutter contre le réchauffement climatique.

 

 

Septembre 2017, VW, qui s’était engage à mettre en conformité tous les moteurs truqués pour l’automne 2017, se fait rappeler à l’ordre par la commissaire européenne en charge des consommateurs car à peine la moitié des retours on effectivement eu lieu.

L’impact sanitaire de la tromperie est estimé à 5000 morts par an rien que sur le vieux continent.

Mise en application en Europe du cycle WLTP (Worldwide Harmonized Light Vehicles Test Procedure) pour les nouveaux véhicules et qui permet d’évaluer les émissions dans des conditions plus proches de l’utilisation réelle que la vieille norme NEDC ayant vu le jour les années 80 pour des moteurs d’une autre époque.

La facture provisoire atteint déjà 25 milliards (dont 23 versés en Amérique du nord) pour le groupe VW qui en avait prévu 18 pour faire face au scandale. Certains analystes estiment que le coût total mondial pourrait approcher les 80 milliards (hors scandale de collusion des marques). L’action VW retrouve son niveau de 2013.

 

 

Octobre 2017, Renault annonce réduire son offre diesel de 50% dans les 5 ans à venir.

Fin du mois sera jugée la recevabilité de l’action collective (« class action ») intentée par Test-achats.

On ne compte plus les villes, régions, pays planifiant à court terme ou ayant déjà adopté une interdiction des moteurs diesel.

 

 

Au vu de ce fiasco généralisé est-il encore judicieux d’investir dans ce type de motorisation au vu des incertitudes qui l’entourent ?

  • Puis-je faire confiance aux émissions indiquées sur le certificat de conformité ?
  • si le système anti-pollution est activé en permanence pour respecter les normes NOx, quelle sera la surconsommation en carburant et la sur-pollution en CO2 induites ? Le diesel est-il dès lors toujours avantageux par rapport à une essence ?
  • vu les exigences croissantes des normes NOx, les coûts des systèmes de dépollution ne vont-ils pas augmenter ?
  • quelle sera sa valeur de revente dans quelques années ?
  • ne vais-je pas être privé d’accès à certaines agglomérations ?
  • y aura-t-il des taxes environnementales dans le futur ?

mais aussi de certaines certitudes :

  • émissions à proximité de la population de polluants à l’impact sanitaire élevé avéré (cancers, maladies cardio-pulmonaires, asthme, allergies)
  • impossibilité de fonctionner sur de l’énergie renouvelable produite localement
  • dépendance énergétique aux énergies fossiles qui engendre instabilité géopolitique voire conflits armés dans certaines zones de production
  • provoquent pluies acides (dégradations de l’environnement dont réduction des rendements agricoles)
  • une motorisation ultra complexe qui engendre de nombreux frais d’entretien et déchets

…à chacun de se forger sa propre opinion et ensuite de se montrer responsable ! Car dans un environnement en perpétuelle dégradation l’argent ne doit plus être le seul nerf de la guerre au moment d’opérer un choix de mobilité.

Le diesel, spécificité historique européenne, semble avoir pris un coup fatal qui devrait amorcer sont lent déclin. Aux constructeurs à rivaliser de transparence et d’ingéniosité pour (enfin) nous proposer autre-chose de plus propre à grande échelle. La course est lancée ! Les derniers à démarrer seront les grands perdants mais le géant allemand semble finalement avoir compris que son salut passera par l’abandon progressif de cette motorisation d’un autre âge qui n’a jamais aussi bien porté son nom de…fossile !

 

Sources et liens utiles:

FEBIAC une arrogance proportionnelle à l’ampleur de l’arnaque

résultats Wallons de l’évaluation des rejets atmosphériques en conditions réelles

1 décès sur 6 liés à la pollution en 2015

Liste des actions par pays et constructeurs

ONG transport environnement : Dieselgate who what how ?

Sur-pollution des voitures : le parlement européen à la botte des constructeurs

Pollution automobile : Anne Hidalgo engage deux recours devant la CJUE

Belgique : plus de 10000 décès prématurés à cause de la pollution

Les cimetières américains de VW

collusion des marques allemandes, un nouveau scandale à 50 milliards ?

Test-achats : Dieselgate, ensemble au tribunal contre le groupe VW !

Dieteren ne doit pas rembourser les véhicules touchés par le Dieselgate

Action en justice de villes européennes contre la commission

Action en justice commune en Europe

USA, VW plaide coupable pour échaper au procès

Cours de l’action VW

Comprendre la norme WLTP

Normes européennes d’émissions

Quel moteur pollue le moins : essence ou diesel ?

Dieselgate : facture de 25 milliards pour VW

NOx: origine, effets, évolution

 

 

 

 

 

 

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