La Belgique croit en la voiture autonome

05 août 2017 01:08:33
Depuis quelques mois, sans faire forcément beaucoup de bruit, la Belgique anticipe l’un des changements majeurs qui va avoir lieu dans le trafic autoroutier: l’arrivée des voitures autonomes. Ce processus d’automatisation progressif est classifié en 6 étapes en Europe (5 aux USA) :

niveau 0 : le conducteur a un contrôle total et à tout instant des fonctions principales du véhicule (moteur, accélérateur, direction, freins).

niveau 1 : conduite assistée de la vitesse OU de la direction (ABS, ESP).

niveau 2 : conduite assistée de la vitesse ET de la direction = automatisation partielle (ex: régulateur de vitesse + centrage sur la voie).

niveau 3 : automatisation conditionnée où le conducteur délègue totalement la conduite un court instant au robot dans certaines conditions de trafic qui s’y prêtent (autoroute). Il doit néanmoins pouvoir reprendre la main à tout instant. Plusieurs véhicules de ce type sont déjà disponibles sur le marché.

niveau 4 : plus de conducteur du tout dans certaines situations qui s’y prêtent comme par exemple la voiture qui se gare toute seule dans le garage alors que le conducteur est déjà à l’extérieur.

niveau 5 : conduite complètement autonome où le véhicule assure toutes les fonctions de conduite et de sécurité dans toutes les conditions. Cette étape, selon les estimations, n’aurait pas lieu sur nos routes avant 2025 puisque le cadre législatif n’est pas encore établi. Même si les tests effectués par la marque pionnière Tesla prouvent que la technologie est fiable, elle n’est encore commercialisée sur aucun véhicule (c’est néanmoins une question de mois).

 
Vidéo d’une Tesla Model S complètement autonome (volant, accélérateur, prise de decision) en test sur les routes américaines en conditions réelles de trafic.

 

Les avantages de l’automobile connectée et au minimum semi-automatisée sont multiples comme:
– réduction des accidents liés à l’intervention humaine (inattention, endormissement, alcoolémie, vitesse)
– optimisation de la consommation et donc réduction de la pollution
– fluidification du trafic
Dans un futur plus lointain, l’avènement du véhicule complètement autonome permet d’imaginer une stimulation de l’autopartage car vous pourriez envoyer le véhicule à la personne qui le partage avec vous quand vous n’en avez pas besoin. Mieux encore, de véritables sociétés spécialisées dans la mobilité autonome (taxis, navettes) facturée au km devraient voir le jour avec à la clé l’abandon progressif des voitures particulières et de belles économies pour les ménages.

 

Cette véritable révolution exige au préalable une multitude de réflexions stratégiques mais aussi éthiques, l’élaboration d’un cadre souple et des recommandations pour encadrer les tests, une harmonisation européenne pour les essais transfrontaliers et par après une législation commune sans failles, etc…Les multiples intervenants privés gravitant autour du projet se sont donc associés en 2016 au sein de l’EATA (Alliance Européenne des Télécoms et de l’Automobile) afin de créer des synergies et d’intervenir d’une seule voix lors des échanges avec les autorités.

 

Notre pays est l’un des pionniers à se lancer dans l’aventure de la voiture autonome et connectée. Notre ministre fédéral de la mobilité François Bellot y voit, en plus des avantages cités précédemment, une opportunité de générer des emplois lors de la profonde transformation du secteur automobile qui commence à s’opérer. Les filières de la robotique, de l’informatique et des télécoms devraient notamment bénéficier de partenariats intéressants. Certaines entreprises belges (Solvay, Umicore, Melexis) voient déjà un effet significatif sur leurs résultats (grâce aussi à la motorisation électrique).

 

Mais jusqu’où pousser cette automatisation ? Si il est aisé d’imaginer les bénéfices d’une conduite avec assistance où le conducteur peut reprendre le contrôle du véhicule en une fraction de seconde, les choses sont bien différentes dans le cas des voitures sans pilote. Sur le point éthique, les réflexions associées à ce qui est encodé dans ces fameux logiciels relèvent parfois du casse-tête absolu. Surtout en ce qui concerne les choix qui devront être opérés par le robot lorsqu’il sera confronté à un cas d’accident inévitable avec mort potentielle (sacrifier mon conducteur ou l’enfant qui a traversé pour ramasser son ballon ?). Les différences de sensibilités interculturelles promettent des débats animés lorsqu’il faudra harmoniser les règles au niveau continental.

 

Même constat du côté des assureurs qui voient la responsabilité en cas d’accident se diluer entre le pilote et le constructeur déjà en cas d’une conduite semi-automatisée. Comment prouver que le conducteur avait bien le contrôle ? L’utilisation de ‘boîtes noires’ comme dans les avions paraît presque indispensable pour déterminer les tords en cas de litige…

 

La période de transition qui impliquera une cohabitation robots/humains dans le trafic s’avère peut-être le point le plus épineux. La solution optimale est évidemment un trafic comportant 100% de voitures autonomes toutes régies par les mêmes règles. Ajoutez-y les conducteurs humains aux réactions imprévisibles et indépendantes et vous compliquez l’équation d’un facteur quasiment infini.

 

En conclusion la conduite autonome modifiera profondément notre perception de la mobilité routière en général. L’introduction des métros sans conducteurs dans certaines métropoles (qui ne date pas d’hier) n’avait certainement pas laissé les usagers indifférents mais le système semble presque banal aujourd’hui. L’évolution des technologies le rend maintenant applicable à la route avec des perspectives alléchantes à la clé. Nous aurions tord de nous en passer. Tout un chacun sera quand même interpellé lorsqu’il conduira sa première automobile avec assistance intégrale au pilotage (certains ont déjà eu cette chance) et encore plus lorsqu’il verra la première voiture sans pilote passer dans la rue…

 

A voir aussi : vidéo comparative des véhicules autonomes de niveaux intermédiaires déjà commercialisés (aucun véhicule de niveau 5 n’étant déjà sur le marché)

Sources :

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