La toute puissante industrie automobile allemande du diesel en plein doute ?

03 août 2017 03:08:36

Le titre est racolleur ! Vraiment ? Il faut avoir vécu sur une autre planète pour ne pas avoir entendu parler du récent scandale du « dieselgate » et ses moteurs truqués pour artificiellement réduire les émissions de polluants en condition de test.

L’histoire retiendra surtout que c’est via la marque Volkswagen (pas de chance pour elle) que ce scandale a éclaté. Mais au final quasiment toutes les marques allemandes (entre autres) semblent touchées de près ou de loin par le phénomène et, qui plus est, via une entente secrète sur les caractéristiques des véhicules récemment dévoilée. Une véritable escroquerie organisée par les marques dont les conséquences en terme de procès et amendes pourrait se chiffrer en dizaine de milliards. Comment en est-on arrivé là dans un pays reconnu depuis la nuit des temps pour son sérieux et son respect des législations ?

 

Voitures « polluantes » (hors normes Euro 5 et Euro 6) sur les routes européennes par marque  (en milliers d’unités)

 

Depuis des décennies l’industrie automobile allemande, toutes marques confondues, trônait sur un solide socle de confiance, sérieux et fiabilité. Le problème c’est que, comme le dit très bien le proverbe « la confiance se gagne en gouttes mais se perd en litres ». Depuis quelques mois, il faut bien reconnaître que le seau est percé de toutes parts à un tel point que les autorités allemandes ont jugé bon de réunir l’ensemble des marques à Berlin pour un sommet du Diesel. Le thème n’est autre que « Trouver des solutions pour respecter (enfin) les normes antipollution et comment redonner la confiance dans l’industrie du Diesel ».

 

Greenpeace met sa petite touche d’humour personnelle à l’occasion de la réunion…

 

Mais est-ce seulement un problème de confiance ? L’industrie automobile allemande a bâti en grande partie son empire sur le moteur diesel et il n’était pas question de prendre les devants sur d’autres motorisations. Je me souviens encore de la réponse de mon (ex-) concessionnaire VW quand je lui ai demandé il y a 3 ans ce que la marque proposait comme voitures électriques: « Ben rien du tout, on attend que les autres se plantent et puis après on va arriver pour inonder le marché ».

Fort bien mais quelques années plus tard, le constat de votre stratégie est amer: comme les pionniers n’ont pas vraiment l’air de se planter, vous avez à présent plusieurs années de retard, une crédibilité au plus bas que ce soit en terme de confiance consommateur ou d’image, perdu pour longtemps le leadership en matière d’innovation et, pour ne rien arranger, les tirs d’artillerie politiques se multiplient pour enfin vous faire comprendre qu’il est temps de réagir. On ne compte en effet plus les villes (même allemandes), régions, pays (et pas des moindres) voire même concurrents qui annoncent la fin de la commercialisation ou l’interdiction des moteurs diesel à des dates butoir allant de 2040 à…2025, autant dire demain.

Le buzz mondial provoqué par la sortie de la Tesla Model 3 prouve aussi que, suite à un immobilisme coupable de l’industrie, l’offre pour les véhicules électriques d’une autonomie supérieure à 300 km et couplée à un réseau de recharge performant est en profonde inéquation avec la demande actuelle. Heureusement pour l’humanité que Tesla met ses brevets à disposition de tous…

 

Dans quels pays européens circulent les véhicules les plus sales ? (en milliers d’unités selon les normes Euro 5 et 6)

 

Preuve que le réveil a sonné, le puissant lobby automobile allemand a commandé une étude sur l’influence de ces interdictions massives du diesel sur l’emploi. Les estimations font froid dans le dos car, toutes marques confondues, les 4 fabricants les plus touchés seraient tous allemands. On parle ici de plusieurs centaines de milliers de postes menacés. Le moteur diesel est devenu, au fil de la décroissance des seuils d’émissions autorisés, d’une telle complexité que les emplois indirects liés à son usage occupent un nombre impressionnant de filières dans des domaines très variés.

Tout le paradoxe du diesel c’est qu’il émet moins de CO2 que l’essence mais en contrepartie plus de polluants (NOx, particules fines) qui ont un impact de mieux en mieux identifié sur la santé (maladies dégénératives, perte de points de QI, cancers présumés,…) et donc mal acceptés du grand public.

Mais ces sois-disant moindres émissions de CO2 mises en avant par l’industrie ne font pas l’unanimité car de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le fait que ces calculs ne tiennent pas compte de l’ensemble de la filière puisque le carburant tout comme le moteur diesel sont plus énergivores à produire que leur équivalent essence. Où se situe donc réellement l’intérêt ?

 

Comparatif des normes européennes sur les émissions de NOx (g/km) avec la situation réelle

 

Énergétiquement parlant enfin, comment mobiliser les industriels à investir massivement et immédiatement dans la motorisation électrique alors que le gouvernement allemand vient de prendre la décision de sortir progressivement du nucléaire ? Une inconnue supplémentaire de taille dans leur complexe équation énergétique qui comprend pourtant déjà une remarquable évolution de la production renouvelable. Renouvelable qui, même s’il était poussé à son maximum dans les années futures, ne permettrait pas d’alimenter l’entièreté du parc automobile à l’horizon 2030, avec à la clé des émissions de CO2 en augmentation par rapport à la situation actuelle !

Preuve en est que la transition électrique doit s’accompagner non seulement d’un fort développement renouvelable mais aussi d’une politique ambitieuse de mobilité permettant de développer des attitudes de déplacement plus durables (transports en commun, vélo, autopartage,…) et diminuer ainsi drastiquement le nombre d’automobiles sur les routes. Il est aussi impératif d’impliquer les industriels, les pouvoirs locaux et d’avoir des consommateurs bien informés sur l’impact de leurs choix de mobilité via notamment une fiscalité adaptée aux enjeux climatiques.

Dans tous les cas l’âge d’or du diesel (vieille spécificité européenne) semble bel et bien révolu, le déclin des ventes étant déjà significatif dans la plupart des pays du vieux continent. L’industrie automobile devra donc se renouveler si elle ne veut pas subir le même sort. La transition risque d’être difficile tant le nombre de postes de travail à reconvertir dans d’autres filières (dont l’électrique) semble gigantesque. L’automobile de demain sera celle qui pourra répondre au mieux aux nouveaux enjeux de société et non plus celle qui produira le plus de véhicules.

Mais nos voisins d’Outre-Rhin nous ont prouvé par le passé à maintes reprises leur capacité à se mobiliser pour surmonter les obstacles via des décisions rationnelles. La vraie question n’est pas s’ils inonderont le marché par leurs véhicules électriques (autonomes, fiables, robustes, accessibles et alimentés en énergie renouvelable) mais plutôt quand ? Le plus tôt sera le mieux pour tout le monde…

 

A lire aussi :

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Sources :

Le sommet du diesel à Berlin enjeux et contradictions

Merkel : « Aux constructeurs de restaurer la confiance ! »

Le front anti diesel prend de l’ampleur

Etude sur l’influence de l’électrification du parc allemand sur la production de CO2 (en englais)

Etude européenne après l’anniversaire du dieselgate (en englais)

L’industrie automobile ne fait plus rêver

L’automobile a perdu de l’influence avec le dieselgate

Baisse de la consommation en diesel: impact sur l’industrie pétrolière

Allemagne: non la sortie du nucléaire n’encourage pas l’utilisation du charbon

 

 

 

2 réponses à “La toute puissante industrie automobile allemande du diesel en plein doute ?”

  1. Très bon article merci !
    les allemands sont dans de salles draps et ils l’ont bien cherché !
    actuellement le $ baisse pas mal, il devrait rendre la model 3 de plus en plus abordable et s’imposer rapidement comme la voiture de société préférée des entreprises belges !
    pourvu que Tesla aie la bonne idée de nous implanter une gigafactory mais pour cela il faudrait de vrais incitants visibles outre atlantique de notre volonté politique d’aller vers ce type de mobilité ! ce n est pas gagné !

  2. Bonjour,

    L’annonce de l’implantation de la gigafactory européenne devrait tomber dans les mois qui viennent mais il faudra rajouter 3 années pour qu’elle soit opérationnelle. Le montage des TM3 européennes devrait donc se faire logiquement ‘en kit’ aux Pays Bas comme les autres modèles en attendant.

    Pour les TM3 dans les flottes d’entreprise il faudra patienter jusque 2020 puisqu’on annonce les premières livraison pour la conduite à droite en Europe pour début 2019. Cela laisse un peu de temps à la concurence, surtout allemande, pour enfin se bouger. Et on l’espère autrement qu’avec l’un ou l’autre modèles simplement convertis à l’électrique dont tout le monde sait que la répartition des masses et l’agencement ne seront pas optimaux…

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